SÉSAME OUVRE-MOI,
MÊME SI C’EST UNE GRANGE A FOIN !
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C’est fou ce que les vieilles portes peuvent avoir à dire !
« Je suis une porte qui s’ouvre pour entrer ou sortir d’un endroit que je protège.
Mais je suis aussi une porte qui se ferme au nez de quelqu’un qui oserait rentrer sans demander la permission ! Je suis une vieille porte et je me porte encore très
bien. Parole de porte ! Je grince un peu sur mes gonds ! Parfois j’en sors !
Celui qui l’ouvre peut apprivoiser les sons et créer, ainsi, une petite musique qui rappelle le temps passé ! Les gosses s’amusaient à le faire, n’ayant pas de violon ! »
« Alors, dis-moi, porte que protèges-tu ? Quelle est ta devise lorsque l’on passe devant chez toi ? »
« Sais-tu que la graine de sésame aide l’esprit à s’ouvrir ? Si jamais tu vois ma porte entr’ouverte, tu hésiteras peut-être à frapper, et si je frissonne sur mes gonds, ne pense surtout pas que c’est le fantôme de la maison. C’est tout simplement un courant d’air ! »
« Oui, bien sûr ! je le sais depuis quarante ans ! Es-tu bien sûre, porte, de ce que tu me racontes ? »
« J’en suis tellement sûre que tu n’as qu’à écouter à ma porte. Mais c’est pas bien ! Regarder par le trou de ma serrure ! Ce qui n’est pas bien du tout ! »
Mais le plus beau, c’est qu’il faut d’abord pouvoir les ouvrir, ces portes.
Au sens propre comme au sens figuré, soit dit. Fais masser ton dos avec de l’huile de Sésame, rien ne
l’interdit c’est encore plus vieux que ces portes !
Franchement, qu’est-ce qu’une porte automatique aura à raconter plus tard, quand on sera tous devenus des robots sans âme ? Allons, gente dame, arrêtez donc d’être négative et mettez-vous au travail, avec votre tête de linotte (ce petit oiseau qui mange les graines de lin et n’en fait qu’à sa tête). Mais là, je suis devant une page blanche et, du coup, je me dis : « Allez, tu l’ouvres ou tu l’ouvres pas cette vieille porte de grange, juste à côté de la porte
d’entrée de la maison ! »
Photo n° 4 : Vieille porte qui a beaucoup servi. Ce trou béant semble cacher une serrure. Photo n° 5 : N’entre pas qui veut. Il faut frapper avant d’entendre un timide : entrez !
C’est le gardien du lieu. Il est très vieux ! Photo n° 6 : Porte avec petite poignée clouée deux fois deux, pour la sécurité et la solidité : deux clous valent mieux qu’un. Photo n° 7 : Fermeture classique des granges où il n’y a rien à voler, époque de la confiance, fabriquée très certainement par le maréchal-ferrant du coin sur l’enclume et sous le marteau (j’en entends le bruit spécial dans les oreilles de mon enfance et l’odeur des chevaux).
Ces vieux souvenirs de portes en bois, par ici, racontent leurs histoires à qui veut bien les comprendre. Parfois elles s’ouvrent et se ferment toutes seules, selon le vent qui
s’engouffre sans la permission et dévaste un peu plus à chaque fois l’ouvrage devenu fragile. L’œuvre des anciens des villages de la Haute-Tarentaise. Protégez vos vieilles portes des curieux qui deviennent de plus en plus chapardeurs.
Mais n’oubliez pas aujourd’hui, que si d’autres catégories de portes s’ouvrent et se ferment toutes seules, l’on a totalement désanobli politesse ou galanterie.
Et reconnaissons tout de même que cela rend rudement service quand on a les bras chargés !
Quoi que en ce moment,
ça pèse un peu moins lourd, n’est-ce pas !








