LA PETITE CHRONIQUE DE MICHÈLE
FIN DE LA GUERRE D’ ALGÉRIE
Retour sur la Commémoration annuelle du 19 mars 2026
C’était il y a 64 ans, le 19 mars 1962. Les accords d’ Évian entraient alors en vigueur,
en préconisant et prévoyant la fin des combats en Algérie. Les résultats furent une désolation
pour tout le monde.
C’est pour le peu d’Anciens Combattants de la Tarentaise et pour le mien, qui partaient
avec d’autres gars augmenter les rangs, et remplir les bateaux, notamment le Ville d’Alger
(démoli en 1969 en Italie), ce paquebot qui les a transportés dans des conditions extrêmes,
pour traverser celle qu’ils n’avaient jamais vue auparavant, que je reprends la plume ce soir.
Ils ne la reverront qu’à leur retour, bien amochés, souffrants, cette mer Méditerranée ! Les
autres, les pieds devant, jamais !
Combien de déceptions et de souffrances pour ces jeunes de vingt ans, ceux qui ne
sont pas revenus, ceux blessés et handicapés pour la vie entière. Pendant des décennies, bien
des comportements n’étaient pas révélés, qui rejaillissent aujourd’hui comme des étincelles.
Les appelés partaient avec l’idée en tête de défendre la Patrie, de l’autre côté de la mer,
pendant que la vie continuait sur la métropole de France. Plus de 25000 sont morts et 70000
(dont certains par ici) ont été blessés plus ou moins gravement. D’autres ont eu le destin d’être
épargnés et de fonder une famille. Normalement. D’autres non !
Sans aucun doute, ceux qui en sont revenus portaient bien plus que des blessures
physiques, mais des blessures invisibles. Que l’on cachait, sans pouvoir ni les aider, ni
vraiment les comprendre. Je fus, pendant 25 années de ma vie, auprès de l’un de ceux-là. A
faire des folies pour lui rendre la vie plus souriante, plus légère, comme un vaillant petit
soldat aussi, me transformant en « commando de choc » comme il me dit parfois, et prenant
des risques inouïs pour lui. Nous ne savons pas tous ce que représente une Médaille Militaire.
Nous respectons une décoration de la Légion d’Honneur au Péril de la Vie.
Alors, on a passé sous le silence, certains faits, pour faire sombrer dans l’oubli, ce qui
fut décidé d’être nommé « la Guerre d’Algérie » qui ne fut reconnue comme « guerre » qu’en
1999. Soit il y a 27 ans !
Respect à ceux qui ont combattu à l’ombre des mechtas, ou dans les montagnes de la
Grande Kabylie, le djebel ou bien même dans les ruelles d’Oran, dans la casbah d’Alger, ces
tout jeunes hommes qui se transformaient peu à peu en soldats, sous les ordres de supérieurs,
obéissant à des supérieurs… C’était presque l’innocence de cet âge, à l’époque, où ici en
Haute-Tarentaise, ces jeunes garçons avaient tout juste commencé à travailler ou à prendre
soin de la ferme de leurs parents. Souvenons-nous de tout cela, et tâchons de tenir tête à
l’oubli, en restant à la hauteur des souffrances, des sacrifices que, finalement, ils ont tous
endurés.
Salut à vous, Anciens Combattants ! Et merci à ceux qui ont pu témoigner !
************************************