lundi 8 juin 2026

LE VIDE GRENIER DE SEEZ - SUR UNE IDEE DE Michéle !

 Elles ont vidé leurs Greniers

de Haute-Tarentaise

Vide-Grenier de Séez, dimanche dernier au soleil !
On n’en peut plus de tout garder, même sûrement, ça fait un peu mal au cœur. Parce
que lorsque l’on vide un grenier, les objets reprennent une âme. Ils surgissent d’un temps
passé, presque oublié. Le romantisme nous saute aux yeux avec une évidence criante de
réalité ! Témoins des heures plus lentes qu’au XXIème siècle, ils surgissent soudain,
Je ne puis me retenir de vous remettre en mémoire un extrait d’un poème d’Alphonse
de Lamartine, qui adorait tant le Lac du Bourget, d’ailleurs :

…  « Montagnes que voilait le brouillard de l’automne,
Vallons que tapissait le givre du matin,
Saules dont l’émondeur effeuillait la couronne,
Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour,
Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
Et, leur urne à la main, s’entretenaient du jour,

Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
Toi que le pèlerin aimait à voir fumer,
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?

Ils s’éveillent, ces objets que vous venez à vendre et le passant n’ose peut-être pas y
toucher, de peur de les surprendre, les échapper et qu’ils ne se cassent. Mais, voilà que l’un
d’eux vous appelle davantage. Vous tape dans l’œil. Vous l’avez pris dans vos mains avec le
respect de cet aspect si romantique. Notre époque, si rarement, lui donne l’occasion de cette
force d’aimer que décrivait dans un français impeccable, notre cher Alphonse. 

Et puis, sur un étal de presque un quart d’arpent, il y avait ce collectionneur-
conservateur infatigable, Laurent Marguerettaz (prononcer Marguerette, on est en Savoie).
Une passion qui fait briller ses yeux lorsqu’il vous donne des détails sur les éditions qui datent
même d’avant la guerre de 1939-1945, et que de pieux aïeux avaient peut-être caché dans…
leur grenier !
Celles qui ont eu entre leurs mains « La Semaine de Suzette » du 24 avril 1913 dans sa
neuvième année déjà, ne sont plus de ce monde, mais ils m’interpellent pour le devoir de
reconnaissance que j’ai envers Laurent, d’avoir sauvé de l’oubli de si précieux ouvrages,
dessinés de bon cœur, à la main, à la mode des Arts Décos et qu’on vendait 10 centimes à
cette charmante époque. Mais mon curseur me tente de cliquer sur 1914.

Mes yeux sont tombés sur le rond minois de Bécassine sur la couverture, bien
cartonnée nommé « Bécassine en Croisière ». J’ai aussitôt pensé aux « Précieuses Ridicules »
qui partent en croisière bradée aujourd’hui, reproduisant la vie citadine sur un transatlantique
bourré de monde et qui pollue l’océan. La décadence qui danse, ne pense et dépense.
J’ai choisi « La Semaine de Suzette » parce qu’il parlait de jardin pour les petites filles
qui étaient à peine aussi grandes qu’un tournesol. Et puis en repartant, j’ai fait un signe à une
dame d’aujourd’hui, qui fait aussi un beau jardin, à côté de Jeannot, juste au-dessus de l’église
Saint-Pierre. Elle était en train d’arroser, car il a fait très chaud aujourd’hui.

Cet album aux dessins déjà bien différents, datant de 1936, je vois que l’on se
rapproche d’une autre guerre. Heureusement cet exemplaire qui fait trembler mes mains a été
bien caché aussi, pour échapper aux allemands, en 1939-1945. Ils ne se seraient même pas
gênés pour y mettre le feu. Saloperie de guerre qui a tant transformé la société, tant fait
souffrir les frontaliers et les savoyards. 

Cet album me semble même ne pas avoir été lu. Ou alors il a appartenu à quelqu’un de
très, très méticuleux. Pas une page cornée, pas une trace de doigt au chocolat. Rien. Seules les
dates sont intéressantes. Je note que le niveau des dialogues et des dessins, fort distingués, ne
peuvent pas échapper à une personne cultivée. En douce, l’histoire étant fort longue, fait une
notoire et absolue allusion au colonialisme ! L’on y reconnaît un vieil homme en tenue
d’Académicien qui me fait penser au Comte Jean d’ Ormesson, dont j’aimais le langage.

Et je reviens tout doucement auprès de Bécassine qui n’est jamais que la bonne d’un
château. En fait, les auteurs s’amusent un peu à ridiculiser la société de cette époque, à leur
façon. Whoua ! s’ils revenaient aujourd’hui, tiens donc, ils auraient beaucoup à dire. Je puis
prêter cet album, avec sanction si on ne me le rend pas !...
Voilà les greniers se sont refermés, les maisons, les chalets, se rempliront encore de
précieux souvenirs pour les familles. Jamais les dessins assistés par ordinateurs (DAO)
n’égaleront le talent des dessinateurs de l’époque des Arts Décos. 
 

Autrement dit de « la Belle
Époque »…


Michèle MacHenin-Murzilli