lundi 31 décembre 2018

RETRAITES - REFORME 2019 - CE QUI DEVRAIT CHANGER

Réforme 2019 : ce qui devrait changer

Notre système actuel de retraite multi régime va disparaître pour laisser la place à un régime universel où tous les actifs seront logés à la même enseigne. Si l'âge légal de départ demeurera fixé à 62 ans, tout le reste va être revu de fond en comble.




La grande réforme des retraites annoncée par le Président Macron est en gestation. Quand elle aboutira, les 42 caisses de retraite qui cohabitent actuellement, avec leurs règles propres, laisseront place à un régime unique qui gérera indistinctement les retraites des salariés, des fonctionnaires, des indépendants et des assujettis à des régimes spéciaux (SNCF, RATP, etc.). « Une réforme nécessaire tant la situation actuelle est inégalitaire » applaudit Valérie Batigne, fondatrice et présidente de Sapiendo-retraite. Le 10 octobre dernier, le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, a présenté l'articulation générale du dispositif.

ÂGE LÉGAL DE DÉPART INCHANGÉ

La retraite universelle ne touchera pas à l'âge minimum de départ qui restera donc fixé à 62 ans. La mise en place d'un éventuel « âge pivot » pour inciter les assurés à partir plus tard, avec un système de décote-surcote, ne figure pas dans le projet initial mais pourrait être laissée à l'appréciation des partenaires sociaux. « Le bonus-malus qui va être mis en place au 1er janvier 2019 à l'Agirc-Arrco constitue déjà les prémices d'un âge pivot » rappelle Valérie Batigne. Par ailleurs, lors de la deuxième phase de concertation, programmée de décembre 2018 à mai 2019, sera abordé le traitement des départs anticipés à la retraite (pour carrière longue, handicap, métiers pénibles, etc.).

UN SYSTÈME PAR POINTS

Le futur système de retraite ne fonctionnera plus par annuités et taux de remplacement d'un salaire moyen (comme l'actuelle retraite de base ou celle des fonctionnaires) mais par points. « Un système semblable à celui de la retraite complémentaire Agirc-Arrco qui existe depuis plus de 70 ans » souligne Emmanuel Grimaud, président de Maximis Conseil. Il restera fondé sur la répartition et la solidarité - et non pas sur la capitalisation- principes en vertu desquels les actifs financent par leurs cotisations les pensions versées aux retraités.
Dans le nouveau régime, tous les actifs cotiseront sur leurs revenus d'activité dans la limite de 3 plafonds de Sécurité sociale (soit 119 196 € pour l'année 2018) avec pour principe général : un euro cotisé donnera les mêmes droits à chacun. L'actuelle prise en considération des 25 meilleures années, dans le secteur privé, et des 6 derniers mois, dans la Fonction publique, sera ainsi abandonnée (en revanche, les primes seront prises en compte). Une équité qui plaît à Emmanuel Grimaud : « le mode de calcul actuel pénalise les personnes qui ont une carrière atypique, comme les femmes ou les chômeurs ». Selon lui, un système à points compensera mieux les carrières faibles ou hachées. Tous les fonctionnaires, eux, ne devraient pas être gagnants.

AMÉNAGEMENTS POUR LES INDÉPENDANTS

Universalité de la retraite oblige: en principe, tous les actifs devraient cotiser au même taux. Ce qui va poser un problème pour les travailleurs indépendants dont le taux de cotisation est actuellement très inférieur à celui des salariés du privé (15 % contre 28 % environ). De plus, leurs cotisations portent sur une assiette de rémunération nette et non pas brute, comme les salariés. Ils bénéficieront d'un régime de cotisations adapté, pour tenir compte de leur taux de cotisation spécifique, dont les modalités ne sont pas encore fixées. « Il serait souhaitable que la loi leur permette d'avoir des cotisations optionnelles supérieures lorsqu'ils réalisent une bonne année, par exemple » suggère Emmanuel Grimaud.

NOUVEAUX DROITS FAMILIAUX

La retraite universelle attribuera des points de retraite pour chaque enfant, dès la naissance du premier. La situation actuelle est très disparate. Le régime général octroie 8 trimestres d'assurance retraite aux mères dès la première naissance alors que la Fonction publique, par exemple, n'en accorde que deux. Inversement, l'arrivée d'un quatrième enfant ouvre droit à une majoration de la pension de 15 % pour les fonctionnaires et seulement 10 % de bonification pour les deux parents dans le secteur privé. La pension de réversion, elle, ne serait pas remise en cause.

MAINTIEN DES DROITS ACQUIS

Même si la réforme devait être votée en 2019, ses effets ne seront pas immédiats. Non seulement les personnes déjà à la retraite ne seront pas concernées mais les actifs qui seront à moins de 5 ans de l'âge de départ (62 ans) lors de l'adoption de la loi resteront soumis aux règles actuelles (les plus de 57 ans donc). Le temps d'opérer en douceur le basculement des régimes actuels vers le régime unique, « sans générer de perte de droits pour les assurés », insiste le haut commissaire Delevoye.

Au moins 2 caisses de retraite par Français
Compte tenu de leur parcours professionnel, les Français sont, actuellement, très majoritairement affiliés à plusieurs régimes de retraite, de base et complémentaire :
- 36 % sont affiliés à 2 régimes ;
- 28 % dépendent de 3 régimes ;
- 18 % sont rattachés à 4 régimes ;
- 11 % sont affilés à 5 régimes ;
- 4 % des Français dépendent d'au moins 6 régimes.
Seuls 3 % de Français ne relèvent que d'un seul régime de retraite.
(Ministère des Solidarités et de la Santé)
PRIME DES FONCTIONNAIRES
Dans le cadre de la retraite universelle, les fonctionnaires verront l'intégralité de leurs primes prise en compte pour le calcul de leurs droits à retraite.
Actuellement, seule une partie est convertie dans le cadre du régime additionnel de la fonction publique (RAFP) : l'ensemble de ces éléments de rémunération est pris en compte dans la limite de 20 % du montant du traitement indiciaire brut annuel.
Cette retraite complémentaire vient s'ajouter à la retraite de base.